11 novembre 2014 : Evénement

Le maire, le conseil municipal et le public de la commune se sont réunis devant le monument aux morts et la stèle en cette journee de recueillement.

DISCOURS du Maire, Daniel Boyer

« Je suis maire de cette commune depuis maintenant 14 années et je n’avais jamais déposé de gerbe au monument aux morts de notre commune. Je n’ai pas connaissance que mes prédécesseurs aient commémoré l’armistice du 11 novembre 1918. Cette situation ne convenait pas à ma conception de la fonction de maire et encore moins à mes convictions personnelles. Je suis profondément convaincu que nous avons, nous les générations d’après-guerre, un devoir de mémoire, de profond respect, et de gratitude vis-à-vis des générations qui ont sacrifié leur jeunesse et leur vie. Pour ne parler que de la guerre 14/ 18 dont nous célébrons aujourd’hui le 96ème anniversaire de l’armistice, elle a couté 12 millions de morts à l’ensemble des belligérants ; La France pour sa part déplorait 1 400 000 morts 740 000 invalides 3 000 000 de blessés. Des familles de notre commune ont perdu leurs enfants. Tous fauchés en pleine jeunesse. 24 noms sont gravés sur le monument aux morts de la commune d’Aigaliers.

Monument aux morts Aigaliers
24 habitants morts en 14-18

Le Centenaire de la Grande Guerre 14/18 a fait réfléchir le conseil municipal sur l’initiative qu’il pourrait prendre en 2014, 100 ans après, sur la commune d’Aigaliers. Dans un contexte national et mondial où la paix sociale n’est pas assurée et les guerres encore présentes, y compris en Europe, je rappelle qu’à ce jour, la France est déclarée en guerre au Mali et ailleurs notre armée est présente pour des opérations de police, comme on nous dit ! De plus en plus de personnalités imminentes considèrent que le contexte politico-économique menace la paix sociale dans notre pays. Poser une réflexion sur la paix nous a séduits et, au fil de nos discussions, l’idée d’installer une stèle dédiée à la paix a fait l’unanimité au conseil municipal.

plaque sur le monument à la paix
plaque sur le monument à la paix

Cultiver la Paix pour ne pas avoir à ériger un nouveau monument aux morts. Nous souhaitons susciter la réflexion de chacune et chacun d’entre nous, sur la mémoire des guerres récentes et plus anciennes, mais toujours présentes dans la mémoire collective. Je pense aux guerres de religion qui ont ensanglanté notre pays, notre région et notre commune. Savoir ; être instruits de ce qu’ont vécu nos anciens, nos parents qui en l’espace d’une vie ont connu 2 conflits mondiaux qui ont infligé des souffrances indicibles à l’ensemble de l’humanité. Bien connaître notre histoire faite d’horreur, car chaque génération a dû payer son tribut. Aucune guerre n’est « fraîche, joyeuse et rapide » !! Comme on l’annonçait en 1914. Les guerres ont toutes un point commun : elles se terminent toujours par une déclaration de Paix ou un traité de paix. Mais, à quel prix !! Après combien de victimes, de morts, de souffrances atroces ; de destructions de maisons, de pays. Pour préserver les générations futures du fléau de la guerre. Nous devons construire la Paix.

Construire la Paix : Voilà la première réflexion que nous voulions porter et vous faire partager. En installant cette stèle, je considère que la paix se construit et se cultive individuellement par chaque citoyen ; c’est une prise de conscience de sa propre implication, de sa propre responsabilité, pour ses proches, sa famille, pour les autres, quel qu’ils soient, pour les futures générations. Le monde moderne avec ses outils de communication instantanés, accessibles à chacun dans le monde entier, se révèle un magnifique outil de mobilisation des peuples pour des causes nobles et pour la paix. Mais, nous le constatons aussi, c’est aussi un moyen d’endoctrinement efficace et d’aliénation de l’esprit. Pour construire la paix sociale, la paix, qui n’est pas que l’absence de guerres ; chacune et chacun d’entre nous doit être informé, avisé pour garder un esprit toujours critique. La manipulation des esprits par des « vas t’en -guerre », n’est pas toujours immédiatement perçue car les moyens déployés sont multiples et bien préparés par les mensonges d’état, la pensée unique, les preuves falsifiées … Les derniers conflits nous ont encore une fois éclairés sur le peu de scrupules de certains dirigeants d’états, y compris démocratiques. L’endoctrinement de certains jeunes au nom d’une religion est encore là en ce moment pour nous rappeler, si besoin est, que la barbarie est toujours présente dans l’être humain.

Stèle de la paix, Œuvre de Gérard BellaÏche, devant la mairie d'Aigaliers
Stèle de la paix, oeuvre de Gérard BellaÏche, devant la mairie d’Aigaliers

Déclarons la Paix ! Pour un progrès de l’esprit. Cette citation est en fait le titre d’un livre qui retrace le dialogue entre un religieux tibétain : le Dalaï-lama et un résistant français profondément laïc : Stéphane Hessel, que nous avons déjà honoré sur la commune. Nous avons voulu un monument original et unique, imaginé, conçu et réalisé par un artiste aigaliérois. Nous avons partagé notre projet avec Gérard Bellaïche, qui non seulement a été séduit mais a été enthousiasmé. Gérard a convaincu et fédéré beaucoup d’amis et artisans compétents qui ont chacun apporté leurs savoir-faire pour réaliser cette magnifique stèle originale donc unique au monde ! Cette stèle pour dire que la Paix se construit tous les jours, à partir de chaque individu. Et que cette construction doit amener un progrès de l’esprit ! Le mot esprit a de nombreuses définitions : L’esprit est propre à tous les humains. C’est pourquoi, Stéphane Hessel et le Dalaï Lama s’accordent pour dire que l’esprit d’un point de vue religieux est réducteur ; il est de l’ordre de la foi. Pour eux, l’esprit doit être regardé à un autre niveau, plus fondamental, universel, propre à tous les humains. Cette Stèle porteuse de messages dédiés à la paix : Un message sur les valeurs qui doivent guider notre vivre ensemble, ici à Aigaliers et partout dans le monde, sur cette planète devenue si petite. Si petite que l’impérieuse nécessité de partager ses ressources et toutes les espèces s’impose à nous pour les générations à venir. Un message à nos enfants dans ce monde où le virtuel des jeux vidéo fait oublier que les guerres sont de chair et de sang ! Un message à ceux qui se croient à l’abri devant leurs téléviseurs en regardant les interventions militaires faites à distance. Les Etats-Unis d’Amérique en ont fait l’amère expérience le 11 septembre 2001. Un message pour dire que le voisin, l’étranger ne sont pas des ennemis naturels et héréditaires.

Aujourd’hui l’Angleterre, l’Allemagne, pour ne citer que ces 2 grands pays sont nos amis, nos alliés au sein de l’Union Européenne, alors que pendant des siècles, nous nous sommes fait la guerre. Chaque être humain, où qu’il soit né, là où il vit, sur cette terre doit prendre sa part dans la construction de la paix. Chaque génération qui vient, instruite par la précédente des horreurs de la guerre, doit léguer la paix à ses enfants. A vous d’enrichir cette réflexion avec vos propres messages !

Et moi, je vais vous raconter … la légende du colibri est une légende amérindienne que Pierre Rabbi raconte fréquemment (Rabbi = pionnier de l’agriculture biologique. Sa fondation œuvre pour l’autonomie alimentaire des populations). « Un jour, dit la légende, il y eu un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants le désastre. Seul, le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec, pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatoo, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! Je le sais ! Mais je fais ma part !! »

Je remercie les habitants d’Aigaliers, qui autour de Gérard ont contribué à l’aménagement de la stèle pour la Paix, inaugurée aujourd’hui. Gérard et Lynda Bellaiche, Patrice Desprez ; Jean-Marie Tassin et Jacques Cohier ; Yves Besse, Francine Molimard , Driss Bouaibaouane, et Maryse Esbérard, l’entreprise Marrel et le potier de St Quentin, Reindert Overduin, et bien sûr, Mme Christiane HESSEL et Antoine Hessel. »

La maison d’éditions INDIGENES( Montpellier) qui nous a autorisés à utiliser le titre du livre qu’elle a édité en 2012.